une maman lit un album de littérature enfantine à son enfant pour créer du lien.

La littérature enfantine: un outil de médiation qui crée du lien

Dans ce nouvel article vous allez découvrir en quoi la littérature enfantine peut être un outil de médiation qui crée du lien entre l’adulte et l’enfant.

Qu’est-ce qu’il y a de plus plaisant que de partager un moment de lecture avec un enfant? A travers le récit, les émotions passent entre l’adulte et l’enfant et cela engendre beaucoup de plaisir autant pour les petits que pour les plus grands. C’est une occasion unique de vivre un moment privilégié avec un enfant, de créer et d’entretenir du lien avec lui.

Dans de nombreux foyer, l’histoire du soir permet à l’enfant et à son parent de passer un moment ensemble dans la journée, notamment dans notre société actuelle où l’on a souvent moins de temps de qualité avec l’enfant en dehors des week-ends et des vacances.

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La littérature enfantine, un vecteur de plaisir

C’est dans sa relation à l’adulte que l’enfant prend pleinement possession du livre. L’enfant a besoin d’être accompagné, il sollicite l’adulte dans une relation privilégiée. Lire doit rester une activité libre, une activité de plaisir. C’est par ce biais-là que l’enfant y trouvera de l’intérêt. L’adulte doit penser à un aménagement de l’espace facilitant ce temps de lecture. S’il est chaleureux, ce moment partagé ensemble sera d’autant plus plaisant.

Le plaisir d’être avec l’adulte

L’approche du livre est facilitée si la lecture est faite à l’enfant par une voix familière. Cela lui permettra de se sentir bien, en sécurité. Il fera ses premières vocalises en réponse à la voix de sa mère ou du conteur. L’enfant va reconnaître les mains posées sur l’album, les bras enveloppant son corps, et tout cela lui fera aimer le livre. Il est nécessaire que l’objet livre soit associé à des échanges chaleureux, valorisant, afin qu’il devienne une source d’agrément.

L’enfant, va réagir par des mimiques, des cris, des gazouillements, des mouvements de son corps et ce plaisir va rejaillir sur le conteur qui continuera avec ravissement sa lecture.

Un plaisir partagé

Aussi, selon Marie Bonnafé, psychiatre, psychanalyste et autrice du livre les livres, c’est bon pour les bébés « le livre ne prend en effet son sens que s’il est l’objet d’un partage d’affects entre le bébé et l’adulte conteur. Si lire ne fait pas plaisir au conteur, il n’y aura pas de plaisir non plus pour le bébé ou pour l’enfant.»

En effet, si entendre une histoire procure un réel plaisir chez l’enfant, il est nécessaire que ce plaisir soit réciproque et que l’adulte, au-delà de lire, puisse raconter pour que les émotions passent. Ainsi, quand l’enfant deviendra autonome, il pourra retrouver seul avec bonheur ce plaisir de feuilleter les pages et de se raconter l’histoire.

Le livre de littérature enfantine: un créateur de lien

Si le bébé ne comprend pas le sens de l’histoire, il entend parfaitement le ton, et la modulation de la voix, il capte le regard, le sourire de l’adulte, son intonation, sa présence. Ainsi, le livre devient le prétexte par lequel l’adulte entre en relation avec l’enfant.

Quand la littérature enfantine permet à l’enfant et au conteur d’entrer en relation

En effet, l’histoire lue par le conteur, permet de créer du lien entre lui et l’enfant et procure une certaine sécurité affective à l’enfant à travers la mélodie des mots et la douceur de la voix.

Depuis que Samuel est tout bébé il a plaisir à écouter le temps du récit. Les images captent son regard et la mélodie de ma voix attire son attention. Il apprécie particulièrement ce temps avec moi ou avec son père. Depuis qu’il est plus autonome face au livre il a plaisir également à tourner les pages seul. Aussi, il continue à réclamer inlassablement des histoires tous les jours et même plusieurs fois par jour. Ce moment privilégié passé avec nous est finalement aussi important pour lui que pour nous.

un papa lit un album de littérature enfantine avec son bébé.

Entre l’enfant, le livre et l’adulte circule un courant invisible, nourri par la chaleur du corps et le son de la voix. Ici, il ne s’agit pas de la voix qui recadre en disant « veux tu te calmer ! », ni d’une voix injonctive qui dit par exemple « range tes jouets! » mais « d’une voix d’histoire », tendre et complice. Ainsi la lecture à voix haute permet de sortir du langage fonctionnel et de laisser place au langage du récit.

Cela permet de rencontrer l’enfant plus profondément, de le découvrir autrement, et de se découvrir aussi soi-même. Il y a un échange très sensible, très fin, très affectueux qu’on ne trouve pas dans le quotidien.

Avec Samuel, nous lisons beaucoup, et il est vrai que cela nous apaise et nous permet de nous reconnecter notamment après une journée particulièrement difficile ou pendant laquelle les émotions des uns et des autres n’étaient pas toujours faciles à vivre et à gérer. L’histoire nous aide parfois à entrer en communication plus facilement. Grâce au livre on s’accorde une pause, un moment chaleureux et affectueux et complice. Cela fait redescendre les tensions quand il y en a et nous aide à retrouver le sourire.

Un moment privilégié entre l’adulte et l’enfant

Pour favoriser cela il faut choisir un moment idéal, c’est-à-dire un moment où l’adulte a du temps à consacrer à son enfant, et rien qu’à lui. Il s’agit d’un moment pendant lequel il sera entièrement disponible et attentif à lui. Ce moment, il faut aussi parfois savoir le trouver et avoir envie de l’offrir à l’autre.

 « Le temps des livres » doit être un moment privilégié de détente et de relation entre l’enfant et l’adulte. C’est un moment d’échange, de complicité et d’affection devant le contenu du livre. C’est un moment de tendresse pendant lequel l’enfant se sent important aux yeux du parent qui lui-même se sent valorisé.

Par ailleurs, quand le dialogue est devenu plus difficile entre l’adulte et l’enfant, l’histoire permet de recueillir des confidences beaucoup plus facilement qu’en l’abordant de manière frontale car on reçoit plus en donnant.

L’histoire du soir: un outil de médiation pour bien se retrouver après une longue journée

Quand les parents et les enfants se voient peu, le rituel de l’histoire du soir peut les aider à maintenir le lien à un moment donné de la journée. L’histoire du soir est un relais indispensable, un moment sécurisant pour l’enfant. L’histoire c’est « la petite friandise » avant la longue séparation de la nuit.

C’est également un moment partagé entre l’enfant et son parent, un moment où la famille se retrouve, après une longue journée de travail et de séparation. Il leur permet de passer ensemble un moment convivial et de détente apprécié de tous, qui va les relier avant le moment parfois redouté du coucher.

L’histoire crée du lien entre les parents et les enfants, surtout à une époque où ils passent souvent beaucoup de temps loin l’un de l’autre car il n’est pas toujours évident pour le parent de concilier sa vie professionnelle et sa vie familiale. Ce moment de plaisir, permet alors à la famille, de maintenir ce lien si intime qui les unit.

une maman lit un livre de littérature enfantine à son bébé en le portant sur ses genoux.

Le livre porteur d’émotions

Au gré des albums de littérature enfantine, les enfants et leur parent réunis vivent les émotions comme la joie, la tristesse, la colère, la peur.
Il y a là une satisfaction immédiate et exclusive des sensations ; l’imagination enfle, les nerfs vibrent, le cœur s’emballe.

L’émotion que les enfants ressentent à la lecture de l’histoire provoque en eux des réactions. Leurs attitudes changent : les yeux brillent, les sourires se forment, les traits du visage s’ouvrent, ils applaudissent, ils pleurent. Leur corps est stimulé. Toutes ces réactions créent du lien dans la relation parent enfant pendant la lecture. Quelque chose se passe.

Quand nous lisons une histoire avec Samuel, nous vivons souvent un moment de tendresse unique. Samuel s’identifie facilement aux personnages. Les émotions qu’ils vivent et qui sont décrites par le narrateur le traversent. Si l’histoire évoque par exemple l’amour qu’une maman porte à son enfant, il vient se lover dans mes bras et recherche mon affection. Ces moments privilégiés sont créateurs de liens et remplissent le réservoir émotionnel de tous les membres de la famille.

Le livre tiers séparateur

Le livre peut aussi accompagner l’enfant à mieux vivre les moments de séparation. Et ce, qu’ils s’agissent de la séparation en journée, quand son parent va travailler, ou encore de la séparation du soir quand la nuit tombe.

Quand l’album de littérature enfantine aide l’enfant à mieux vivre la séparation en journée

En journée, l’adulte qui prend le relais des parents auprès d’un enfant, peut l’aider l’enfant à mieux vivre le temps de la séparation en lui lisant des histoires. Souvent, lorsqu’elles sont racontées, cela l’aide à bien la vivre et à en ressortir grandit. Il existe des histoires qui illustrent parfaitement bien ce temps de séparation comme A ce soir de Jeanne Ashbé ou encore J’ai oublié de te dire je t’aime de Miriam Moss et Anna Currey.

En narrant des histoires de séparation à l’enfant, celui-ci peut s’identifier au personnage, ce qui va donner du sens à ce qu’il vit, le rassurer et l’aider à se séparer. Cela peut aussi l’aider à raconter à son tour ce qu’il ressent lorsqu’il est séparé de sa famille.

Lorsqu’une relation de qualité s’est établie entre l’enfant et l’adulte, celui-ci pourra progressivement se détacher, prendre une certaine distance pour que l’enfant puisse prendre la liberté de s’approprier le livre, se tourner vers les autres, s’épanouir et se construire.

Ainsi, le livre peut accompagner l’enfant dans l’acquisition de son autonomie et servir d’objet transitionnel. Il peut l’aider à se séparer de ses parents ou de ses proches pour se tourner vers le monde extérieur qui s’ouvre à lui.

L’histoire du soir: un rituel à part entière pour aider l’enfant à se séparer la nuit

L’histoire du soir est également un rituel. La répétition inlassable de la même histoire rassure l’enfant. Cela « l’ouvre à la symbolisation, car sa régularité même permet l’anticipation des retrouvailles, qui ne sont à terme, que des retrouvailles avec…de nouvelles séparations. » comme l’explique l’autrice Marie Bonnafé

Nombreux sont les parents, qui, au moment de l’endormissement racontent une histoire à leur enfant pour l’aider à s’endormir. Ces histoires contées illustrent souvent cette séparation difficile mais indispensable au petit humain pour qu’ils deviennent autonomes et s’épanouissent dans le monde dans lequel il vit. Le moment du coucher évoque la séparation. Celle-ci peut être redoutée tant par les parents que par l’enfant lui-même.

En résumé

L’album de littérature enfantine est un très bon outil de médiation de la relation enfant parent mais aussi de la relation de l’enfant avec la personne relais qui prendra soin de lui en leur absence. Le livre permet au conteur et à l’enfant de partager un moment de plaisir et de complicité. La lecture d’album de jeunesse permet à l’enfant et à l’adulte de vivre ensemble des émotions intenses. Ce moment privilégié leur permet de créer du lien, de se retrouver notamment après une longue journée. Il aide aussi le parent et l’enfant à se séparer que ce soit en journée ou à la nuit tombée.

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12 commentaires

  1. Virginie V a dit :

    Mes enfants sont maintenant adolescents et ils aiment lire. Je suis certaine que le rituel de la lecture du soir, où je les retrouvais avec plaisir après une journée séparés, a du leur donner le plaisir de la lecture. Que de souvenirs et de bons moments partagés, comme tu le dis dans cet article, de partages d’émotions rires, peurs, et d’apprentissage.

    1. Merci pour ce partage ! Et oui, c’est certain ! Ils retrouvent aujourd’hui dans la lecture le plaisir qu’ils ont éprouvé enfant à lire en famille.

  2. Merci pour cet article!
    Je crois bien qu’il ne se passe pas une journée sans qu’on lise une histoire. Il y a l’histoire du soir, symbole du rituel du coucher pour faire de beaux rêves. Il y a l’histoire découverte qui permet de découvrir de nouveaux albums qui viennent de la bibliothèque ou de l’école (pour le plus grand). Il y a le livre instructif qui répond à une curiosité de l’enfant. Et bien sûr (et surtout?) il y a le livre réparateur, après une crise, une colère de la part de l’adulte ou de l’enfant. C’est le livre du Monstre des couleurs, ou Je t’aimerai toujours quoi qu’il arrive, ou encore Je serai toujours là, ou Maman est là quoi qu’il arrive.
    Les livres sont incontournables chez nous!

    1. Merci pour ce très chouette partage ! Et oui il y a des livres pour tous les goûts et pour répondre à tous nos besoins. On ne s’en lasse pas!

  3. Jessica M a dit :

    C’est un sujet qui me va droit au coeur.
    Depuis toujours j’ai adorer lire, une passion que j’ai transmise à ma fille. J’ai commencé à lui lire des histoires alors qu’elle était encore dans mon ventre 😀 et je n’ai jamais arrêté… Et depuis qu’elle est à l’école, c’est elle qui me lit des histoires… ce sont des moments de partage d’une valeur inestimable !

    1. J’adore ! Merci pour ce partage ! C’est super quand les enfants se mettent à nous raconter des histoires à leur tour ! Quel beau cadeau !

  4. Tout à fait d’accord avec vous ! Aujourd’hui adulte je me souviens des histoires que me racontait ma mère et j’en garde un souvenir ému. Et bien c’est exactement ce que je cherche à transmettre comme sensations à mes enfants aujourd’hui 🙂 100% d’accord sur la relation privilégiée que cela crée

    1. C’est fou comme ces moments de lecture avec nos parents peuvent nous laisser de bons souvenirs ! Mon fils aîné remplit son réservoir émotionnel chaque jour grâce au livre et à toutes les émotions qui le traversent pendant la lecture.

  5. J’adore cet article, et j’adhère totalement. L’histoire du soir est un moment plaisir avec mes deux enfants. Ma petite de 5 ans les écoute, et mon grand de 8 ans nous les lit. C’est toujours un excellent moment de partage en famille

    1. Merci Miren pour ton retour. Le livre est un support incroyable !

  6. le coq lit et compagnie a dit :

    Le livre objet magique! Il fait rêver, comprendre, se calmer, s’évader et se regrouper, être les uns contre les autres aussi, oui! Les histoires lues à voix haute se consomment à tout heure de la journée. Le rituel de l’histoire du soir perdure chez nous depuis 13 ans, les plus âgés prennent déjà ce temps pour commencer à lire seul ou viennent parfois s’assoir avec les plus petits pour écouter même un album. J’aime ce moment ou le livre nous réunis tous dans un même voyage.

    1. Merci pour ce très beau commentaire et partage sur le bel objet qu’est le livre. Et oui, le livre nous relie les uns aux autres et est toujours un moment rempli de douceur et de tendresse chez nous aussi.

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